Discours de Ségolène Neuville : Journée d’échange sur les méthodes et les outils de la participation citoyenne aux politiques de solidarité

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Mesdames, Messieurs,

La participation citoyenne : une question de démocratie

Si j’ai tenu à organiser cette journée d’échange autour des méthodes et outils de la participation, c’est précisément pour que le travail mené par la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS) pour établir ce kit de la participation, puisse faire l’objet de débats, afin de l’enrichir et de le prolonger.

Nous faisons face à une crise de la confiance dans les élus, et donc dans la démocratie. Je veux rappeler que les élus sont des citoyens comme les autres, comme vous et moi. Il y a des milliers d’élus dans toute la France. Et chacun devrait pouvoir donner quelques années de sa vie pour être élu.

Aujourd’hui, il faut rebâtir les conditions de la confiance dans la démocratie, en créant les conditions d’un dialogue permanent entre les élus, les administrations, et les citoyens. Car il y a bien sûr le moment du vote, qui est essentiel dans la vie démocratique. Mais entre les différentes élections, on a parfois le sentiment qu’on ne nous demande plus notre avis. C’est la question de la solidité de la République qui est en jeu. Cela pose une vraie question, au-delà des questions pratiques dont il est question aujourd’hui.

La participation citoyenne, fil conducteur des politiques de solidarité depuis 2012

Quand on élabore des politiques publiques sans demander l’avis des citoyens, en général on se trompe. J’ai cette conviction profonde en tant que médecin spécialiste des maladies infectieuses. Je voudrais rappeler que si les traitements contre le VIH ne fonctionnaient pas au départ, c’est le plus souvent parce que les patients ne les prenaient pas. Et c’est grâce aux associations de patients que l’on s’en est rendu compte, et que l’on a mis en place l’observance, qui permet de donner le choix aux personnes, avec l’aide d’une personne qui une expertise à apporter.

Mais ce gouvernement ne m’a pas attendue pour avancer sur cette question. Je suis arrivée au gouvernement en 2014, mais depuis 2012, nous n’avons eu de cesse de donner la parole aux citoyens pour élaborer avec eux les projets que nous avons mis en œuvre tout au long de ce quinquennat dans le domaine de la solidarité :

1 - Le plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale a été élaboré sur la base de groupes de travail associant des personnes qui étaient en situation de précarité. Car la précarité, je le rappelle n’es pas un statut.

2 - Le plan d’action en faveur du travail social et du développement social (qui vise à mieux former les professionnels de l’action sociale et à mieux accompagner les personnes) a été précédé de près de 2 ans de concertation avec les personnes concernées, dans le cadre des Etats Généraux du Travail Social. Cela n’a peut-être pas été parfait mais cela a été fait.

3 - Le fil rouge de ce plan est précisément la participation des personnes concernées, afin qu’aucune décision ne soit prise sans leur avis, qu’il s’agisse de la définition des politiques de solidarité ou du fonctionnement des organisations qui les mettent en oeuvre. Car si les politiques de solidarité sont faites pour favoriser l’émancipation des personnes, il n’est pas pensable de le faire sans elles.

4 - Ce plan prévoit ainsi que la participation soit désormais intégrée :

a. Dans les formations en travail social : les futurs référentiels de formation des travailleurs sociaux seront ainsi élaborés dans les mois qui viennent, en dialogue avec des personnes concernées ; le cahier des charges des
établissements de formation qui sera défini en parallèle, prévoira également que des citoyens concernés interviennent dans le cadre de la formation des travailleurs sociaux. Les travailleurs sociaux réalisent déjà de nombreux stages et sont en contact avec les citoyens dans le cadre de leur formation. Mais faire intervenir les personnes dans les formations permet de faire évoluer les postures ;

b. Dans les instances de gouvernance : le Haut Conseil du Travail Social, qui intègre un collège de personnes accompagnées, formulera des recommandations d’ici début 2017 concernant les instances devant intégrer la
participation et les moyens de la rendre plus effective.

La participation est inscrite dans la loi

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La participation citoyenne aux politiques de solidarité est désormais inscrite dans la loi.
La loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) prévoit ainsi la participation des personnes au dispositif d’accueil, d’hébergement et d’accompagnement vers l’insertion et le logement des personnes sans domicile. Le fonctionnement de ces instances de participation devait être précisé par décret. C’est désormais chose faite avec la publication ce matin même du décret tant attendu qui institue officiellement les Conseils National et Régionaux des Personnes Accueillies et Accompagnées. Ces instances contribueront j’en suis sûre de façon utile aux travaux du CNLE, et plus largement à ceux du Haut Conseil du Travail Social que j’ai mis en place il y a quelques mois.

La loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 24 février 2014 prévoit également la création de conseils citoyens, afin que la politique de la ville soit élaborée en « co-construction avec les habitants » dans chaque quartier. C’est à ce titre que j’ai souhaité accueillir Hélène Geoffroy parmi nous aujourd’hui, car elle mène également un travail important pour que la participation se développe dans les quartiers populaires. Ce n’est pas toujours simple, car on sait que le tirage au sort pose parfois des difficultés. Et les habitants sont par ailleurs invités à s’exprimer sur tous les sujets. Mais comme vous le voyez, nous sommes également dans la participation et dans la co-construction au sein du gouvernement !

La participation citoyenne requiert de la méthode

Si la participation citoyenne est désormais un principe fort inscrit dans la loi, elle n’est pas toujours pleinement intégrée dans le fonctionnement habituel des administrations et des collectivités ou encore des associations qui mettent en oeuvre les politiques de solidarité.

C’est pourquoi il faut donner aux personnes concernées les moyens de participer. C’est ce à quoi nous avons été particulièrement attentives avec Emmanuelle COSSE pour définir les règles de participation des personnes hébergées ou en situation de précarité qui permettent de faciliter la participation citoyenne : durée du mandat limité, possibilité d’entrées / sorties permanentes, possibilité de participer au titre d’une expérience passée…
Le kit de la participation citoyenne met également l’accent sur l’importance des questions de moyens, lorsque l’on souhaite mettre en place une démarche de participation :
- Les moyens matériels : pour se déplacer, imprimer les documents…
- Les moyens humains également : pour pouvoir aider les personnes à préparer leur intervention, à intervenir en public…
- Et les moyens techniques : pour assurer un minimum de convivialité (café, repas…).

Ce kit, vous l’avez souligné, doit encore être amélioré, pour devenir un instrument vivant, c’est-à-dire qui donne envie, qui montre ce qui est possible, ce qui fonctionne… Il faudra donc l’enrichir de témoignages, d’exemples concrets, de bonnes pratiques. Et il faudra l’évaluer. Et en débattre. C’est pourquoi je souhaite que ce type d’évènements puisse être à nouveau organisé dans les semaines et mois qui viennent, et ce dans toute la France. La journée d’aujourd’hui est un bel exemple de journée réussie je crois, au vu du nombre de personnes présentes.

La participation doit s’inscrire dans la durée

Car il ne suffit pas d’ouvrir un espace de dialogue et de le refermer aussi tôt, sans donner de perspective, de visibilité, de sens à ces démarches. Car comment mobiliser les citoyens s’il s’agit simplement de leur demander leur avis sans qu’ils sachent l’usage qui en sera fait ?

La participation doit être conçue comme une démarche qui s’inscrit dans la durée, et qui nécessite pour cela de définir en amont ce que l’on en attend : s’agit-il de consulter les citoyens, de les informer, de décider avec eux ? Je crois que nous devons être clairs sur l’objectif que nous nous donnons, quel qu’il soit ! C’est la condition de la confiance et c’est ce qui fera que les citoyens s’engageront pleinement dans ces démarches. Je crois aussi qu’il faut aller au-delà de la simple consultation, et s’orienter plus nettement vers la co-construction, c’est-à-dire un dialogue et un travail de coopération permanent.

C’est pourquoi il me parait essentiel d’intégrer le principe de la participation dans le fonctionnement même des administrations, ce qui consiste en fait à faire évoluer les habitudes. Cela vaut d’ailleurs également pour les citoyens qui doivent apprendre à intégrer la culture du compromis. Car quand on fait des propositions, elles ne sont pas toujours systématiquement retenues.

Mais l’administration se doit d’être exemplaire en la matière, notamment dans le domaine des politiques de solidarité. C’est pourquoi j’ai demandé à Jean-Philippe Vinquant de me faire des propositions sur cette question. Il s’est prêté à l’exercice en proposant de mettre en place un groupe permanent de personnes accompagnées, qui seront associées à la réflexion sur le programme annuel de travail de la DGCS ainsi qu’aux travaux d’études et d’évaluation des dispositifs pilotés par la DGCS. Il me semble que c’est une proposition qui va dans le bon sens, et dont devraient s’inspirer d’autres administrations.

Quel avenir pour la participation ?

On voit émerger actuellement de nombreuses propositions sur le thème de la participation citoyenne :
- certaines seront purement démagogiques : le recours systématique au référendum par exemple,
- d’autres a priori totalement utopiques, telles que le tirage au sort des députés à l’assemblée.

Face à ce qui ressemble à une forme de crise démocratique, nous avons un devoir collectif, qui est de ne pas nous contenter de parler de participation, mais de faire en sorte qu’elle soit effective et réellement mise en oeuvre à tous les échelons de la société.

Je ne doute pas que cette première journée permettra de contribuer à diffuser la culture de la participation plus largement et de faire en sorte qu’elle devienne la règle et non plus l’exception.

La participation doit être désormais une priorité, elle doit être systématique, quitte à prendre différentes formes, peu importe, pour peu qu’elle repose sur la confiance, le respect et la considération. C’est ce qui permettra de faire reculer la stigmatisation mais aussi de sortir des postures compassionnelles.

Je vous remercie

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