Discours de Ségolène Neuville - Journée internationale d’étude du Centre collaborateur OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS) France

« La santé mentale en France et dans le monde : perspectives et innovations »

Jeudi 17 mars 2016

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Directeur du département santé mentale et toxicomanie à l’OMS,
Monsieur le Président de la fédération mondiale en santé mentale,
Monsieur le Représentant du ministère de la santé chilien,
Monsieur le Député du Loir et Cher, Denys Robiliard
Mesdames, messieurs les élus
Monsieur le Chef de projet de la réforme des soins en santé mentale de Belgique,
Monsieur le Directeur du CCOMS de Trieste,
Monsieur le Directeur du CCOMS-France, Docteur Jean-Luc Roelandt
Madame la Cheffe du département international de développement de la santé mentale à l’institut Trimbos,
Mesdames, Messieurs les Directeurs,
Mesdames Messieurs,

Je suis parmi vous ce matin, au nom de Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, qui n’a pu être présente compte tenu de ses contraintes d’agenda.

Marisol Touraine est fière et ravie que cette journée d’étude consacrée aux nouvelles pistes d’organisation de la santé mentale à travers le monde, puisse se tenir ici en France au sein du Ministère des Affaires sociales et de la santé.

La santé mentale, est un enjeu majeur de santé publique mais plus encore c’est un enjeu de société.

Agir pour une santé mentale positive, cela ne se résume pas à l’absence de maladie. C’est agir pour la cohésion de nos sociétés et contribuer ainsi à réduire les inégalités sociales, la perte de chance et l’isolement.

Nous sommes tous concernés de près ou de loin par la santé mentale et la journée d’aujourd’hui contribue à renforcer l’engagement collectif pour continuer à progresser.

Votre journée intervient en pleine semaine d’information de la santé mentale. Et je tiens donc à remercier l’ensemble des associations qui organisent de nombreux évènements et qui vont avoir lieu d’ici le 27 mars partout en France.

Je veux saluer l’initiative du centre collaborateur de l’OMS de Lille, et en particulier son directeur – le docteur Jean-Luc Roelandt - qui organise ici, dans ce Ministère, une journée internationale d’études et d’échanges d’expérience qui devrait tous nous enrichir. Le CCOMS de Lille est l’un des 46 centres collaborateurs spécialisé en santé mentale et c’est pour nous, un aiguillon du changement, un porteur d’innovations. Sa reconduction par l’OMS jusqu’en 2018 est le signe que les résultats sont là et que la qualité des actions menées est reconnue.

Je tiens à saluer également toutes les délégations et représentants des différents pays et organisations présentes aujourd’hui.

L’OMS a défini un plan d’action pour la santé mentale 2013-2020 et la France en partage à la fois les valeurs, les principes et les objectifs.

Je tiens à insister sur l’un des principes réaffirmés par l’OMS portant sur l’habilitation - « l’empowerment » disent les anglo-saxons- des personnes vivant avec des troubles psychiques. C’est l’un des axes forts de ce qui se développe en France car rien ne peut et ne doit se faire sans les personnes concernées. Je fais de ce principe un élément majeur de mon action politique dans le domaine du handicap et de la lutte contre l’exclusion.

En France, la santé mentale et la psychiatrie de secteur en particulier sont en mouvement. Les choses changent même si nous devons reconnaître nos marges de progrès et combattre ensemble les fortes inégalités qui existent encore selon les endroits. Ce mouvement engagé en France s’appuie sur des textes fondateurs, sur de nombreuses contributions qui viennent donc relayer le plan d’actions de l’OMS :

Comme le pacte européen pour la santé mentale et le bien-être, lancé en 2008, qui affirme que la santé mentale est un droit de l’homme, et encourage la promotion de la santé mentale et l’accompagnement des personnes vivant avec des troubles psychiques, ainsi que leur participation,

Ce sont aussi des rapports comme le vôtre Monsieur le Député Denys Robiliard, et celui de Monsieur Michel Laforcade, qui ont contribué à guider le Ministère des affaires sociales et de la santé dans l’élaboration de la loi de modernisation de notre système de santé publiée en janvier dernier.

Cette loi de modernisation a pour objectif de s’attaquer aux inégalités de santé, en soulignant la place déterminante de la prévention et de l’éducation en santé et en installant un parcours de soins, une prise en charge dans la proximité et la continuité, y compris en santé mentale. Cette loi, et notamment son article 69 portant spécifiquement sur la santé mentale, ancre nos politiques de santé publique dans une approche territoriale consolidée, à la fois comme outil de réduction des inégalités sociales de santé, un espace de planification et de concertation entre tous les acteurs y compris – et je pourrais dire surtout avec les élus et les usagers. Les mesures concernant la psychiatrie et la santé mentale réaffirment l’organisation de la psychiatrie par secteur, ce dispositif spécifiquement français, qui permet à la population d’un territoire géographique d’avoir accès à des soins coordonnés, de proximité, et dispensés par une même équipe. Mais la mission de psychiatrie de secteur est incitée à évoluer. Une adaptation est tout d’abord nécessaire pour que l’hospitalisation ne soit qu’une période la plus courte possible dans un parcours de soins et de vie. Cela implique de développer une offre de services diversifiée et basée sur l’ambulatoire et la proximité, à partir du lieu de vie des personnes. Nous savons par exemple que chaque fois qu’une équipe mobile est mise en place dans le cadre du secteur de psychiatrie, le nombre d’hospitalisations diminue ainsi que le taux d’occupation des lits. La mission de psychiatrie de secteur consiste aussi à garantir à la population desservie la continuité des soins psychiatriques et leur accessibilité territoriale et financière.

Enfin, les établissements de santé assurant la mission de psychiatrie de secteur participent, sans nécessairement les piloter, aux actions menées en matière de prévention, de soins et d’insertion dans le cadre du projet territorial de santé mentale.

La santé mentale est l’affaire de tous. Et c’est donc l’objectif du projet territorial de santé mentale d’’ouvrir sur une plus grande participation des habitants, des élus, des usagers et de leurs familles, ainsi que de tous les acteurs intervenant dans la santé mentale.

La démocratie sanitaire en santé mentale est également portée par la loi de modernisation, en favorisant la concertation locale.

C’est pour cela que Marisol Touraine a souhaité que les conseils locaux de santé mentale soient entérinés par la loi : pilotés par les élus, ils font partie intégrante du projet territorial de santé, et sont les instances de concertation et de coordination entre la psychiatrie et les habitants, pour l’inclusion sociale, le logement, les loisirs, le travail.

En agissant sur les déterminants de santé, ils participent aussi à la prévention et à la promotion de la santé mentale à l’échelle de leur territoire (souvent un quartier, une commune, ou une intercommunalité).

Autre innovation de la loi de modernisation, les conditions d’hospitalisation sans consentement des personnes, ou la mise en isolement ou en contention d’une personne présentant des troubles psychiques sévères sont mieux encadrées, mieux régulées et mieux contrôlées. Elles sont identifiées comme des solutions d’ultime recours, et chaque décision est notée dans un registre détaillé qui sera contrôlé régulièrement. Ces dispositions figuraient déjà dans votre rapport Monsieur Robiliard et je sais que vous avez pu les élaborer notamment après avoir recueilli la position de l’OMS à Genève, auprès du Docteur Saxena.

Sur tous ces sujets, évolution du secteur de psychiatrie, territorialisation et conseil locaux de santé mentale, démocratie sanitaire et droit des personnes, je voudrais de nouveau saluer l’influence et l’expertise du centre collaborateur de l’OMS de Lille, qui, au sein de l’établissement public de santé mentale de Lille Métropole - dont je salue ici le directeur général pour son soutien constant et efficace - le CCOMS donc, montre l’exemple, met en œuvre, accompagne, élabore des référentiels, et évalue ces innovations, en partenariat avec le ministère de la santé.

Je pense en particulier aux travaux menés par le CCOMS sur l’empowerment, le rétablissement et la citoyenneté des personnes, qui forment les bases de la politique de santé mentale recommandée par l’OMS.

Dans ce cadre, le CCOMS promeut et applique le programme de l’OMS « Quality rights tool kit » - en français, la boite à outils pour la qualité des droits - qui propose une série d’actions pour améliorer les soins, notamment des contrôles effectués par des usagers des établissements de santé, concernant la limitation des libertés. Avec cette boîte à outils des droits, les personnes et les aidants peuvent être présents dans les instances de décision et de gestion des services de psychiatrie. Cette initiative, que le CCOMS est en train de traduire en français va être testé prochainement dans des hôpitaux volontaires.

Autre document que le CCOMS est en train de produire en français : la version francophone de la classification des troubles mentaux et du comportement dans la classification internationales des maladies de l’OMS 11ème révision (CIM 11). Cette démarche est résolument multidisciplinaire, conformément aux principes d’action du CCOMS : à côté des professionnels de la psychiatrie, elle associe des usagers, des familles, et des chercheurs en sciences sociales. C’est ainsi qu’au 1er janvier 2015, le CCOMS avait ainsi constitué un réseau de plus de mille professionnels francophones inscrits au Réseau Mondial de Pratique Clinique, regroupant 44 pays, et un réseau mondial d’usagers, de familles et d’aidants. Ces réseaux participent à l’élaboration des définitions cliniques des différentes maladies en français, mais aussi aux tests et études cliniques qui les évaluent. Ceci est une première dans le développement d’un tel document dont la finalisation est prévue pour 2017.

Ce réseau mondial de personnes, de familles et d’aidants…C’est une démarche unique, concrète et réussie de participation directe des personnes et des familles à ce qui les concernent en premier lieu : les critères et définitions des troubles et maladies qu’ils vivent au quotidien. Je tiens, au nom de Marisol TOURAINE, à marquer notre soutien à cette initiative du CCOMS-France en formant le vœu qu’elle puisse trouver toute sa place dans les travaux de révision de la C.I.M.

Je veux citer aussi la création d’une nouvelle fonction au sein des équipes de santé mentale et psychiatrie : les médiateurs de santé pairs, ces personnes qui ont connu la maladie et les services de psychiatrie, sont maintenant rétablies et interviennent dans les services de psychiatrie eux-mêmes, pour des actions de médiation et de réhabilitation. Cette initiative, soutenue par la CNSA, a fait l’objet d’une évaluation financée par la direction générale de la santé.

Le rétablissement, déjà présent dans le plan Psychiatrie et Santé Mentale 2011-2015, est le retour à un état de fonctionnement stable ou à un nouvel équilibre.

« Empowerment » et rétablissement sont des concepts et des approches qui suggèrent pour la psychiatrie française un changement d’approche et de façon de faire : les soins et services qui étaient l’affaire des professionnels et des institutions, doivent se recentrer sur la capacité et le pouvoir des personnes malades à gérer leurs troubles avec l’aide des professionnels.

Cette expérimentation des médiateurs de santé pairs est en cours dans les hôpitaux et j’ai souhaité, en tant que Secrétaire d’Etat en charge du handicap et sur proposition du Docteur Roelandt, l’étendre aux établissements médico-sociaux qui accompagnent les personnes qui du fait de leurs troubles psychiques sont en situation de handicap.

Ce sont des évolutions majeures de nos politiques et de nos pratiques qui sont en cours, et l’OMS avec ses centres collaborateurs jouent un rôle de levier important.

Marisol Touraine est particulièrement sensible à ces évolutions et c’est pour cela qu’elle a souhaité, avec l’ensemble des partenaires concernés, s’en inspirer dans la loi de modernisation.

Mesdames, Messieurs, soyez assurés que ces évolutions seront portées dans la durée et sans relâche car c’est comme cela que tous ensemble nous pourrons relever les défis de la promotion, la prévention et des soins en santé mentale.

Nous serons, avec Marisol Touraine, particulièrement attentives et intéressées par les discussions et propositions qui pourront émerger à l’issue de vos travaux.

Je ne doute pas que les différents experts de haut niveau, venus d’horizons professionnels variés et de nombreux pays d’Europe mais aussi du Chili, sauront rendre cette journée passionnante et stimulante.

Je vous remercie pour la qualité des actions que vous menez tous ensemble.

Je vous souhaite une journée d’excellents travaux.

Je vous remercie.

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