Intervention de Laurence Rossignol - 2èmes rencontres MONALISA

Cité internationale universitaire de Paris - Mardi 2 février 2016

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président de MONALISA (Bertrand Ousset),
Monsieur le référent national (Jean-François Serres),
Madame la Directrice de la CNSA (Geneviève Gueydan),
Madame la Maire-adjointe et présidente de l’UNCCAS (Joëlle Martinaux),
Mesdames, Messieurs les élus et représentants des collectivités,
Mesdames, Messieurs les Présidents et représentants des associations,
Mesdames, Messieurs les professionnels du secteur,
Mesdames, messieurs les bénévoles,
Mesdames, Messieurs,

Si nous sommes ici ensemble ce matin, c’est parce que l’avancée en âge inquiète, qu’elle est souvent envisagée comme une entrée dans la solitude. Vieillir, c’est parfois devoir faire face à la perte d’un compagnon, d’amis, de proches qui participaient à la construction d’un environnement enrichissant, agréable et protecteur. Les enfants et petits-enfants sont présents mais bien souvent pris par des vies professionnelles, sociales, familiales qui les mobilisent à de nombreux titres.

Nous n’utilisons pas le terme « souffrir » d’isolement tout à fait par hasard. Et, nous devons faire face à cette réalité : près d’un quart des personnes en situation d’isolement relationnel sont des personnes âgées de plus de 75 ans, soit environ 1,2 million de personnes.

Ce chiffre devrait probablement s’accroître avec l’augmentation du nombre de personnes âgées au sein de la population française.

Le constat est grave, douloureux, préoccupant. Mais nous ne devons pas douter de la force des solidarités familiales, ni de la capacité de notre société dans son ensemble à se mobiliser, à agir, à trouver les réponses nécessaires pour entourer, pour prendre soin, pour inclure pleinement les âgés dans la vie de la cité. La loi d’adaptation de la société au vieillissement apporte un certain nombre de réponses et MONALISA en est une preuve tangible.

La solidarité ne relève pas de l’évidence. Elle ne se décrète pas, elle est une valeur qui guide nos actions au quotidien, qui se vit, qui appelle les citoyens à s’engager par souci de l’autre. « Nous serons ce que nous ferons ensemble » disait le philosophe André Gorz.

C’est pourquoi il ne faut pas oublier que la première syllabe de « MONALISA », c’est d’abord et avant tout la mobilisation : celle des citoyens, du tissu associatif, des pouvoirs publics, réunis autour d’une même ambition : celle d’œuvrer pour créer du lien social, pour cultiver un terreau propice à son épanouissement.

Votre plaidoyer est un appel à amplifier cette dynamique fédératrice. Je salue cette initiative qui, je l’espère, sera entendue du plus grand nombre.

La force de MONALISA c’est d’abord la mobilisation d’acteurs de proximité. Dans votre plaidoyer, vous parlez d’un « écosystème de relations engagées ». Il est vrai qu’aux côtés de solidarités familiales fortes, les relations tissées entre la personne âgée et l’extérieur ne sont pas ni « mécaniques », ni « automatiques ». Elles nécessitent que les voisins, les associations et leurs bénévoles, les collectivités, en somme le tissu de proximité, soient particulièrement mobilisés pour nourrir ce lien, briser l’isolement dans lequel peuvent se trouver ces personnes âgées.

Je tiens ici tout particulièrement à saluer le formidable engagement de ces nombreux bénévoles qui interviennent dans les équipes citoyennes de MONALISA. Leur action a d’ores et déjà apporté de belles heures aux personnes qu’elles ont accompagnées et je suis certaine que ces bénévoles en sont, eux-mêmes, ressortis grandis.

Parce que s’engager pour les autres constitue un enrichissement personnel inestimable. Et je pense ici aux mots d’Andrée Chédid, cette célèbre poétesse française, qui nous disait : « Je revenais des autres chaque fois guéri de moi ».

La force de MONALISA c’est aussi la dimension intergénérationnelle, à laquelle, vous le savez, je suis particulièrement attachée. Le portefeuille dont j’ai la charge rassemble différents âges de la vie que j’essaie de faire se rencontrer le plus souvent possible. La création du Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Age, prévue par la loi d’adaptation de la société au vieillissement, en est l’expression et en sera l’institution.

Parce que je suis convaincue que la démarche intergénérationnelle ne s’impose pas d’elle-même, elle doit être réfléchie et envisagée dans une logique d’échanges qui ne superpose pas les générations mais vise à les mettre en synergie.

Parce que je suis convaincue que faire se rencontrer les générations et intensifier les échanges qui les lient, c’est aussi permettre à la société de mieux protéger les siens face aux événements de la vie, mais aussi d’apporter du bien-être, de la bientraitance, à chacun.

En impliquant de jeunes volontaires en service civique, MONALISA s’inscrit pleinement dans cette démarche intergénérationnelle. MONALISA constitue un levier de participation complémentaire, un pont entre la réserve citoyenne et le service civique.

A ce sujet, je vous rappelle les engagements forts pris par le Président de la République pour permettre à tout jeune qui souhaite s’engager de pouvoir le faire. Pour cela, le Ministère de la Santé, des Affaires sociales et des Droits des femmes s’est donné un objectif ambitieux de 17 000 nouvelles missions de service civique en 2016 et de 25 000 en 2017.

Si le Gouvernement apporte un concours soutenu au développement de MONALISA, c’est à la fois pour répondre à cet enjeu de cohésion sociale que je viens d’évoquer, mais également parce que la lutte contre l’isolement constitue un outil majeur de la prévention de la perte d’autonomie.

Il a été pleinement reconnu en tant que tel par la loi d’adaptation de la société au vieillissement et c’est d’ailleurs, à ce titre, que la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie apportera un concours financier à la lutte contre l’isolement. Je salue encore ici la présence de sa Directrice, Geneviève Gueydan.

Ce sont les intervenants à domicile, les équipes citoyennes, l’entourage, toutes les personnes qui constituent l’environnement social d’une personne âgée, qui repèrent ses fragilités, qui sont présents pour la relever de mauvaises chutes lorsqu’elles n’ont pas pu être évitées. Et puis, parler, se souvenir, se promener, permet évidemment de stimuler ses capacités cognitives et physiques pour les garder à leur meilleur niveau.

Samedi dernier, j’étais avec le Président de la République au forum de « La France s’engage » qui récompense les projets les plus innovants au service de notre société. Monsieur Garcia Canelo était présent pour nous accueillir.

Récompensée en juin 2014, MONALISA figure parmi les premiers lauréats. C’est une grande fierté, et je tiens à nouveau à féliciter toute l’équipe de MONALISA, son Président, Bertrand Ousset, son bureau ainsi que son référent national, Jean-François Serres.

Le terme d’innovation revient de façon récurrente mais le caractère « novateur » de MONALISA est loin d’être un artifice.

D’abord, MONALISA offre véritablement des réponses nouvelles à des besoins nouveaux. Il ne s’agit pas de blâmer les familles pour leur manque de présence, de faire culpabiliser des jeunes pour leur manque de disponibilité, MONALISA crée, au contraire, une véritable dynamique et de nouveaux espaces de solidarité qui s’adaptent et prennent pleinement en compte les évolutions de notre société, à commencer par celle du vieillissement et celle du travail des femmes.

Ce qui fonde également le caractère novateur de MONALISA, c’est sa dimension « d’entreprise citoyenne en co-construction », comme nous avons pu le constater lors de nos derniers échanges à ce sujet avec Bertrand Ousset et Jean-François Serres.

Nous avons élaboré une forme de partenariat originale entre l’État et la société civile. Le Gouvernement soutient pleinement la démarche MONALISA, notamment financièrement, et s’en remet à la force fédératrice de la société civile pour remplir les missions qui lui ont été confiées.

Cette spécificité se retrouve également par un équilibre subtil dans l’accompagnement des acteurs de terrain. La structure nationale de la mobilisation s’attache à ne pas brider les initiatives locales tout en leur donnant le cadre nécessaire pour se développer.

Enfin, que l’on appelle cela décloisonnement ou coordination, MONALISA rassemble autour d’une même cause, différents acteurs qui ne se parlaient pas ou peu auparavant. Associations, CCAS – et je salue ici la présence de Joëlle Martinaux -, centres sociaux sont invités à rejoindre la démarche, avec l’appui des collectivités territoriales, des caisses de retraite, des mutuelles, de l’Agence du service civique, de la Caisse des dépôts et consignations et de la CNSA.

C’est précisément cette démarche originale que nous mettons en œuvre pour la prévention de la perte d’autonomie avec la création des conférences des financeurs, prévue par la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement.

J’étais venue il y a un an en donnant à MONALISA quelques préconisations pour sa feuille de route pour 2015. Vous vous êtes pleinement investis pour remplir les objectifs qui vous avaient été fixés et je tiens à saluer tout le travail qui a été accompli durant cette année.

Votre après-midi sera consacrée à dresser un bilan de la mobilisation, je ne vais donc pas entrer dans les détails, mais je tiens tout de même à souligner les grandes avancées de ce projet.

D’abord, MONALISA s’étend sur le territoire, puisqu’un département sur deux est aujourd’hui entré dans la démarche. Comme je vous l’avais demandé, une vigilance particulière est désormais portée à ce que les équipes citoyennes interviennent dans les « zones blanches » du territoire, ces zones éloignées des « autres », du tissu associatif, social et urbain.

Dans son rôle de mobilisatrice, MONALISA a également cultivé et nourri avec soin une pépinière d’initiatives. Et la contagion citoyenne est en marche ! 2015 a été l’année du développement et du déploiement des équipes citoyennes qui sont passées d’une dizaine en 2014 à près d’une centaine en 2015. Et ces équipes citoyennes ont véritablement servi à rassembler les différents acteurs impliqués et à créer, entre eux, une synergie.

Les conclusions de l’évaluation de cette 2ème année sont donc encourageantes car la mobilisation nationale a pris un véritable essor cette année. Elles sont prometteuses parce que la mobilisation n’en est pas à son terme, qu’elle dispose encore d’un formidable potentiel de développement.

Compte-tenu de ce bilan, je vous ferai comme l’an passé, quelques suggestions pour 2016.

La première est bien évidemment de poursuivre la dynamique de déploiement entreprise depuis 2014. Nous savons que cette réussite en 2015 est le fruit d’un travail soutenu. Nous savons également que la mobilisation citoyenne est une entreprise qui se construit patiemment. Susciter l’adhésion, réunir les acteurs, constituer une équipe, tout cela en tenant compte des spécificités locales : c’est un véritable travail de dentellière.

Le Gouvernement s’attachera à soutenir MONALISA. Il serait incohérent de casser cette dynamique en plein essor. Il nous faut poursuivre avec vous, cette démarche de « levier de mobilisation », avec pour objectif final, l’autonomie des initiatives locales créées grâce à MONALISA.

Le développement de MONALISA passera très certainement par une meilleure communication auprès du grand public : pour inviter de nouvelles associations et de nouvelles collectivités à rejoindre la démarche, pour sensibiliser les citoyens à intégrer les équipes présentes sur le territoire, pour informer les personnes âgées des équipes situées à proximité. Le petit film que vous avez diffusé en introduction en est une belle illustration.
Votre plaidoyer témoigne de cette volonté et je souhaite que MONALISA puisse véritablement gagner en visibilité. Pour vous convaincre, sachez que lors de mes déplacements, je ne manque jamais l’occasion de demander aux acteurs associatifs et aux élus que je rencontre s’ils ont bel et bien intégré la démarche MONALISA !

Ma deuxième requête sera de parvenir à évaluer les effets et la qualité de ses interventions auprès des personnes âgées. Je souhaite qu’une expérimentation puisse être conduite en ce sens avant que la mobilisation nationale ne parvienne à maturité. Même si elle ne peut être que partielle, cette démarche sera à coup sûr, riche d’enseignements que vous saurez mettre à profit.

En tout état de cause, un peu plus d’un mois après la promulgation de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement, je tiens également à ce que MONALISA puisse être pleinement intégrée dans les nouveaux dispositifs prévus par la loi.

Le rapport annexé vous mentionne explicitement comme un acteur participant au maintien du lien social et de la lutte contre l’isolement. A ce titre, et au regard de l’expertise que vous gagnez sur le terrain, je souhaite que vous puissiez faire partie de la formation âge du Haut conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Age qui sera installé en juin prochain.

Le dernier objectif sur lequel il me semblerait pertinent que MONALISA s’implique, est celui de la lutte contre l’isolement des aidants. C’est une perspective, je crois, particulièrement stimulante pour MONALISA car l’enjeu est réel : Comment permettre aux équipes citoyennes de soulager les proches aidants ? Comment accompagner ces proches aidants et leur offrir une écoute, un soutien dont il manque bien souvent ? Comment aider aussi les associations d’aidants ? Le bénévolat, l’engagement est peut-être encore plus compliqué que pour tout autre public lorsque l’on est aidant. Ce n’est pas facile pour un aidant de donner du temps pour du bénévolat. Il faut soutenir le tissu associatif qui accompagne les aidants.

La reconnaissance des proches aidants par la loi ainsi que la création du droit au répit mettent en lumière ces personnes, bien souvent oubliées, et pour lesquelles il reste encore beaucoup à faire. Il faut continuer d’accroître la solidarité autour d’eux.

C’est une belle et grande mobilisation qui, tout comme la loi d’adaptation de la société au vieillissement, valorise la place des personnes âgées dans notre société et ambitionne de les accompagner, dans les meilleures conditions possibles, tout particulièrement à domicile, dans le respect de leur projet de vie.

C’est une belle et grande mobilisation citoyenne qui est à l’œuvre dans une société qui en a plus que jamais besoin. C’est le type de mobilisation qui donne envie, qui inspire, qui donne espoir en notre capacité à bien vivre ensemble. C’est une mobilisation qui gagne à être connue et qui contribuera à construire encore, en 2016, une société plus juste et plus solidaire.

Je vous remercie.

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