Intervention de Marisol Touraine - Remise du rapport du Dr Jean Carlet sur la préservation des antibiotiques

Associations de patients, médecins, chercheurs, organismes de recherche, industriels, représentants de l’Assurance maladie… Depuis 8 mois, cher Jean CARLET, vous avez magistralement orchestré la mobilisation collective de l’ensemble des acteurs du système de santé.

Mercredi 23 septembre 2015

Mesdames et messieurs,
Cher Professeur Yves LEVY,
Cher Docteur Jean CARLET,

Associations de patients, médecins, chercheurs, organismes de recherche, industriels, représentants de l’Assurance maladie… Depuis 8 mois, cher Jean CARLET, vous avez magistralement orchestré la mobilisation collective de l’ensemble des acteurs du système de santé. Vous êtes 120 au total à vous être impliqués ces derniers mois. Je tiens à vous remercier pour cette mobilisation qui souligne que nous sommes à un moment clé, déterminant pour la lutte contre l’antibiorésistance. L’urgence est là, au niveau national, mais aussi désormais au niveau international.

I - Parce que nous sommes face à un enjeu majeur de santé publique, nous devons innover pour donner un nouvel élan à la lutte contre l’antibiorésistance. C’est bien l’ambition que je porte depuis trois ans.

Après une relative stabilisation au cours des années 2000, la consommation globale d’antibiotiques est à nouveau en hausse depuis 2010. Les statistiques sont aujourd’hui mauvaises. En ville comme à l’hôpital, les molécules à « large spectre » sont trop largement prescrites et favorisent l’apparition de résistances. La prévalence croissante, et pas seulement à l’hôpital, de bactéries résistantes à la quasi-totalité des classes d’antibiotiques connues est inquiétante. Le risque, c’est d’entrer dans une ère post-antibiotique.

Ce risque-là, il est désormais chiffré. L’étude BURDEN BMR, conduite par l’Institut national de veille sanitaire (InVS), nous permet, pour la première fois, de mesurer les conséquences de l’antibiorésistance. Nous savons désormais que près de 160 000 patients contractent, chaque année, une infection par un germe dit multi-résistant, et que près de 13 000 patients en meurent directement. 13 000 décès par an, c’est gigantesque. Nous devons faire connaître ces chiffres car il s’agit d’un enjeu vital.

Pour lutter contre ce fléau, plusieurs actions ont été engagées ces dernières années. Je pense au plan d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016, qui a fixé un objectif de réduction de 25% de la consommation d’antibiotiques. Je pense aussi au lancement, fin 2014, de l’expérimentation de la dispensation à l’unité des antibiotiques. Les premiers rapports d’étape confirment qu’elle est bien accueillie par les pharmaciens, sauf un syndicat minoritaire, et par les patients.

C’est en poursuivant le même objectif qu’avec Stéphane le FOLL nous avons fait converger les problématiques de santé et d’agriculture dans la ligne de l’initiative « One Health » qui est désormais une référence.

II - Il nous faut aller encore plus loin. C’était la mission donnée à votre groupe de travail. Vous formulez des propositions en ce sens et je veux vous dire dans quelle direction j’entends avancer.

Je souhaite que nous nous dotions d’une feuille de route collective. Trois axes devront être privilégiés.

D’abord, nous devons mieux coordonner nos actions de lutte contre l’antibiorésistance.

Les initiatives se sont multipliées ces dernières années. Il nous faut mieux les coordonner, mieux les organiser, pour garantir leur visibilité, leur lisibilité, et leur efficacité. Vous proposez dans votre rapport, que cette mission soit confiée au comité interministériel de la santé. Je souhaite que nous avancions dans cette voie, et je désignerai prochainement le délégué chargé de piloter ce travail.

Sa mission principale sera d’accompagner la déclinaison des mesures préconisées par le rapport, je pense par exemple à la limitation de la durée de prescription initiale des antibiotiques à 7 jours ou à la mise en place d’un référent antibiotique dans chaque ARS. Son objectif sera de réduire de 25% la consommation globale d’antibiotiques et de faire passer la mortalité liée à l’antibiorésistance au-dessous de la barre des 10 000 décès par an.

Deuxième axe de travail : mieux encourager la recherche et l’innovation

Là aussi, la coordination des efforts est décisive. C’est la raison pour laquelle un plan national interdisciplinaire de recherche sur l’antibiorésistance sera lancé en 2016. Son pilotage sera confié conjointement à l’alliance pour les sciences de la vie et de la santé (AVIESAN) et à l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvie), dont je salue ici les présidents Yves LEVY et François HOUILLER.

Enfin, troisième axe : permettre à la société civile de s’emparer de ce sujet.

L’objectif de sensibilisation de nos concitoyens sur les dangers du « tout-antibiotique » n’est pas nouveau. Plusieurs campagnes de sensibilisation ont largement atteint leur cible, et tout le monde se souvient du slogan « les antibiotiques c’est pas automatique  » qui avait très bien fonctionné. Je souhaite que nous relancions ce travail pour faire évoluer en profondeur les mentalités, en nous appuyant notamment sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, désormais incontournables, pour passer d’une logique « des antibiotiques, sauf exception  » à une logique « pas d’antibiotiques, sauf exception  ».

C’est pourquoi je soutiendrai le dossier de candidature porté par les associations de patients le LIEN et AC2BMR, ainsi que par la société française de pathologies infectieuses, auprès du Premier ministre, pour faire de la lutte contre l’antibiorésistance la grande cause nationale pour 2016.

III - Enfin, je veux rappeler que notre action doit s’inscrire dans une large dynamique de mobilisation internationale.

David CAMERON, Barack OBAMA, Angela MERKEL : tous ont pris ce sujet à bras le corps et annoncé des mesures dans leur pays respectif. La 68ème Assemblée mondiale de la santé à laquelle je participais a adopté en mai dernier un plan mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens.

Il y a une mobilisation, il y a des initiatives, mais il y a aussi un besoin de coordination internationale. Pour avancer en ce sens je proposerai, lors du prochain G7 santé dans quelques jours à Berlin, que soit confié à l’OMS le rôle d’intégrateur de toutes les initiatives portées en matière d’antibiorésistance.

Et puis, c’est aussi à l’échelle internationale que nous devons soutenir l’innovation. Le développement de nouveaux antimicrobiens est au point mort. C’est une réalité malheureuse. Les antibiotiques ne sont pas des médicaments comme les autres, puisque par principe leur consommation doit être réduite au maximum possible ! Leur appliquer la même régulation que les autres médicaments n’a que peu de sens. C’est pourquoi la France doit être en première ligne pour reconnaître un statut particulier aux produits de santé innovants contre l’antibiorésistance et ainsi encourager les entreprises à s’engager pour innover.

J’ai ainsi écrit à la Commission européenne pour défendre la nécessité d’innover s’agissant du modèle économique et de relancer l’intérêt pour le développement de nouveaux produits de santé. Je porterai également cette proposition au prochain G7 santé à Berlin.

Enfin, je me réjouis d’accueillir en France, au Ministère de la Santé, le « Joint Programming Initiative on Antimicrobial Resistance » lors de la journée européenne de sensibilisation aux antibiotiques en novembre prochain. Cette réunion sera l’occasion de mobiliser nos partenaires européens autour de nos initiatives et de partager avec eux les mesures proposées dans ce rapport.

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Mesdames et messieurs,

Je tiens à vous remercier une fois encore pour la qualité de vos travaux. La mobilisation qui a été la vôtre est une belle preuve d’optimisme pour la suite. Je suis déterminée à la traduire en acte et à la porter auprès de nos partenaires étrangers.

Je vous remercie.

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- Le communiqué de presse