État des lieux du suicide en France

Chaque année, près de 10 500 personnes meurent par suicide, ce qui représente près de trois fois plus que les décès par accidents de la circulation. Entre 176 000 et 200 000 tentatives de suicide sont prises en charge chaque année par les urgences hospitalières.

(Mis à jour le 19 septembre 2014)

Le suicide en France

(Données CépiDc-Inserm 2011)
Répartition par genre

- Si les victimes du suicide sont pour près des trois quarts des hommes, les tentatives de suicide sont majoritairement le fait de femmes (65 % des tentatives de suicide avec une prédominance des intoxications médicamenteuses)..

Répartition par âge

Les classes d’âge « actives » sont les plus touchées :
- plus de 22 % des suicides concernent les 45-54 ans,
- plus de 17 % des suicides concernent les 35-44 ans ,
- plus de 17 % des suicides concernent les 55-64 ans.

Le suicide est la 1ère cause de mortalité des 25-34 ans (20 % du total des décès dans cette tranche d’âge) et la 2ème cause (après les accidents de la circulation) chez les 15-24 ans (16,3 % du total des décès).

Le taux de mortalité par suicide augmente avec l’âge. Pour 100 000 habitants, l’incidence du suicide est de :
- 6,4 chez les 15-24 ans,
- 12,2 chez les 25-34 ans,
- 20.9 chez les 35-44 ans,
- 26.4 chez les 45-54 ans,
- 22.3 chez les 55-64 ans,
- 20.6 chez les 65-74 ans,
- 29,6 pour les 75-84 ans,
- 40,3 pour les 85-94 ans.

Le taux de suicide chez les personnes âgées reste élevé : 28 % des suicides ont concerné des personnes âgées de plus de 65 ans.

Disparités régionales

Si le taux de décès par suicide en France métropolitaine en 2011 est de 16,2 pour 100 000 habitants en moyenne, d’importants écarts régionaux sont observés : les régions de l’Ouest et du Nord sont très nettement au-dessus de la moyenne nationale.

Evolution

- Le nombre de suicides en France a diminué au cours des 20 dernières années, passant de 11 403 en 1990 à 10524 en 2011.

- Le taux de décès par suicide est passé de 20,3 pour 100 000 habitants en 1990 à 16,2 pour 100 000 habitants en 2011, un taux qui reste élevé.
C’est le cas notamment pour les hommes, chez lesquels le taux de suicide est passé de 32,3 à 25, tandis que chez les femmes, il est passé de 10,7 à 7,8.

- Cette diminution concerne davantage les personnes âgées et les jeunes que les personnes d’âge moyen (45-64 ans), pour lesquelles ces taux ont stagné.

Comparaison internationale

- Chaque année dans le monde, plus de 800 000 personnes meurent de suicide, soit une personne toutes les 40 secondes, révèle le premier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la prévention du suicide, publié le 10 septembre 2014 : « Prévention du suicide : l’état d’urgence mondial ».

- Avec 16,2 suicides pour 100 000 habitants, la France se situe dans le groupe des pays européens à taux élevés de suicide (après la Finlande, la Belgique et les pays de l’Est) avec un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne, qui s’établit à 10,2 suicides pour 100 000 habitants). [1]

Néanmoins, les comparaisons internationales doivent être interprétées avec prudence, du fait de différences possibles dans la qualité et l’exhaustivité des déclarations et des différentes pratiques et procédures en matière d’investigations, d’enregistrements et de codage des décès.

Tentatives de suicide et pensées suicidaires

Pensées suicidaires

L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) a conduit une enquête sur une période allant du 22/10/2009 au 03/07/2010. Le questionnaire utilisé portait sur les 12 derniers mois précédant l’appel des personnes interrogées.

Selon cette enquête, 3,9 % de la population a eu des pensées de suicide durant l’année écoulée. [2]

Le genre est une variable importante : les femmes sont en proportion plus nombreuses que les hommes à avoir pensé au suicide au cours de l’année (4,4 % des femmes contre 3,4 % des hommes).

La tranche d’âge des 45-54 ans est la plus concernée par les pensées suicidaires, qu’il s’agisse des hommes (5,1 %) ou des femmes (5,2 %).

Tentatives de suicide [3]

En France métropolitaine, chaque année, 70 000 personnes en moyenne sont hospitalisées en médecine ou chirurgie pour tentative de suicide, cumulant environ 90 000 hospitalisations.

L’Institut de veille sanitaire (InVS) estime le nombre de passages aux urgences pour tentative de suicide entre 176 000 et 200 000 par an, ce qui représente un taux d’hospitalisation pour tentative de suicide de 17,7 pour 10 000 habitants. Les femmes sont les plus concernées avec un taux de 21,6 pour 10 000 femmes, contre 13,4 pour 10 000 hommes.

Les données indiquent qu’après une hospitalisation pour tentative de suicide, le taux de réadmission pour le même motif est de 12,8 % à 12 mois et progresse jusqu’à 26,6 % à 8 ans. C’est entre 30 et 49 ans que les ré-hospitalisations pour tentatives de suicide sont les plus fréquentes, sans différence entre les hommes et les femmes : environ un quart des patients de cette classe d’âge sont ré-hospitalisés au moins une fois.

pdf Rapport "Hospitalisations et recours aux urgences pour tentative de suicide (...) Téléchargement (1.7 Mo)

Impact économique des suicides et des tentatives de suicide

Une étude de l’unité de recherche en économie de la santé [4] (URC ECO) de l’Hôtel Dieu à Paris a estimé à près de 5 milliards d’euros le « fardeau économique » du suicide et des tentatives de suicide pour l’année 2009 en France.

Cette évaluation comprend deux catégories de coûts : les coûts formels et les coûts informels :
- les coûts formels sont liés à la prise en charge des suicides et des tentatives de suicide par le système de santé ainsi que les autres dépenses publiques liées aux coûts médicaux légaux, aux interventions de la police et des pompiers, mais aussi aux indemnités journalières des suicidants) ;
- les coûts informels sont liés à la perte de productivité engendrée par les suicides et les tentatives de suicide pour la victime et ses proches).

Risque suicidaire et travail

Par le lien social qu’il contribue à développer, le travail est reconnu comme étant un facteur de protection vis-à-vis du suicide. Cependant, certaines situations rencontrées dans le milieu du travail peuvent engendrer des souffrances psychiques parfois aigues qui constituent alors un risque de passage à l’acte suicidaire.

On désigne par le terme « risques psychosociaux » les risques professionnels de natures diverses mettant en jeu l’intégrité physique et la santé mentale des salariés et qui ont, par conséquent, un impact sur le bon fonctionnement des entreprises (définition du ministère du travail). Des informations et outils pédagogiques de prévention des risques psychosociaux sont mis à disposition via les sites Internet suivants :

www.travailler-mieux.gouv.fr

Focus sur l’enquête Samotrace [5]

Le risque suicidaire dans le milieu du travail a été exploré par l’Institut de veille sanitaire (InVS) entre janvier 2006 et mars 2008, dans le cadre de l’enquête Samotrace : un réseau de 80 médecins du travail volontaires des départements du Rhône et de l’Isère, couvrant des secteurs d’activité variés, a participé à ce programme.

Il ressort de cette enquête que le risque suicidaire au travail concernait près de 10 % des femmes et 7 % des hommes. Chez les hommes, il suivait un gradient social, les catégories sociales les plus favorisées étant les moins concernées. Bien que les résultats ne soient pas significatifs, le secteur de la santé et de l’action sociale, et celui des transports et communications semblaient être plus particulièrement concernés. Chez les femmes, le risque suicidaire selon l’emploi est moins contrasté.

Le programme national d’actions contre le suicide 2011-2014 prévoit notamment des mesures visant à améliorer la qualité des données et le suivi dans la durée des taux de mortalité par suicide dans le milieu du travail Cet axe du programme fait l’objet de travaux menés par l’institut de veille sanitaire, dans le cadre de conventions avec la caisse nationale d’assurance maladie, la mutualité sociale agricole, les instituts médicaux légaux, l’Inserm, l’INSEE, ainsi qu’avec des entreprises et administrations.

Ces analyses devraient permettre de produire annuellement des taux de mortalité par suicide au sein des populations étudiées et d’observer leur évolution dans le temps afin d’adapter les stratégies de prévention. Une première série d’analyse des données de mortalité chez les assurés agricoles recueillies au cours des années 2007 à 2009 a été publié en octobre 2013. Les analyses relatives aux autres secteurs professionnels sont en cours.

Consultez le dossier Tentatives de suicide et suicides de l’InVS (mars 2014).

Documents de référence

• « Estimation du fardeau économique du suicide et des tentatives de suicide en France en 2009 » - Etude à paraître de l’Unité de recherche en économie de la santé (URC ECO).

• Données 2011 issues du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) de l’Inserm.

• Rapport de l’Institut de veille sanitaire "Hospitalisations et recours aux urgences pour tentative de suicide en France métropolitaine à partir du PMSI MCO 2004-2011 et d’OSCOUR®2007-2011" (InVS - septembre 2014).

• « Suicide et tentatives de suicide : état des lieux en France », Institut de veille sanitaire, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 47-48, décembre 2011.

Source :
Direction générale de la santé (DGS)
Sous-direction « promotion de la santé et prévention des maladies chroniques »
Bureau Psychiatrie et santé mentale
14, avenue Duquesne
75007 Paris

[2Note : Baromètre santé 2010 (INPES - janvier 2014)

[4« Estimation du fardeau économique du suicide et des tentatives de suicide en France en 2009 », K. Chevreul, M-A. Vinet, A. Le Jeannic, T. Lefèvre ; C. Quelen. Etude à paraître de l’Unité de recherche en économie de la santé (URC ECO)

[5Cohidon C, Rabet G, Caillet E, Imbernon E. Risque suicidaire et activité professionnelle. « Suicide et tentatives de suicide : état des lieux en France », Institut de veille sanitaire, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 47-48, décembre 2011