Le bon usage des antibiotiques par les professionnels

Les professionnels de santé sont les premiers acteurs de la mise en œuvre de la stratégie de juste utilisation des antibiotiques.

L’administration répétée d’antibiotiques chez l’homme ou l’animal crée une pression de sélection qui favorise l’émergence et la dissémination de souches résistantes aux antibiotiques. Pendant de nombreuses années, les progrès pharmaceutiques ont offert de nouvelles molécules pour répondre aux impasses thérapeutiques générées par l’apparition d’un mécanisme de résistance. Aujourd’hui, les nouvelles molécules sont rares et la maîtrise de la résistance aux antibiotiques est devenue un enjeu majeur de santé publique.

La juste utilisation des antibiotiques permet à la fois une meilleure qualité de prise en charge des patients, une résorption des prescriptions et des consommations injustifiées, un allègement de la pression de sélection des agents antimicrobiens et un moindre développement des résistances bactériennes.

Les professionnels de santé sont les premiers acteurs de la mise en œuvre de la stratégie de juste utilisation des antibiotiques.

Améliorer les règles de prise en charge par les antibiotiques

La prise en charge est un dialogue entre un professionnel de santé et un patient. Pour qu’elle soit efficace, il faut que le professionnel dispose des outils lui permettant de faire les bons choix, qu’il soit formé aux spécificités des infections bactériennes, de l’utilisation des antibiotiques et des phénomènes de résistance, mais aussi que le patient soit convaincu par la démarche du professionnel et par la solution thérapeutique qu’il lui propose.

L’usage des antibiotiques doit être réservé aux seules situations dans lesquelles ils sont nécessaires. Suivre, lorsque les antibiotiques sont indiqués, les recommandations de bonnes pratiques pour choisir l’antibiotique le mieux adapté. Les recommandations prennent en compte l’évolution des résistances aux antibiotiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est nécessaire d’utiliser ceux qui sont indiqués en première intention.

Informations utiles à destination des patients
1. Veiller à bien respecter la dose, la durée du traitement antibiotique.
2. Ne pas arrêter un traitement prématurément. Même si l’état s’améliore, l’antibiotique doit être pris jusqu’au bout.
3. Ne pas donner le traitement à quelqu’un d’autre. Un antibiotique est spécifique à chaque personne.
4. Ne pas réutiliser l’antibiotique plus tard.
5. En cas de doutes ou d’effets indésirables, demander conseil son médecin ou à son pharmacien

L’Assurance Maladie se mobilise depuis de nombreuses années pour préserver l’efficacité des antibiotiques et lutter contre le développement des résistances bactériennes. Elle met à disposition des professionnels de santé des supports d’aide à la prescription, des supports pédagogiques et fournit gratuitement aux professionnels concernés des tests de dépistage et diagnostic rapide de l’angine.

Supports d’aides à la prescription
- Consultez et téléchargez les mémos sur l’antibiothérapie dans les infections respiratoires hautes

Supports pédagogiques

- Consultez et téléchargez les brochures et guides pour faciliter la pratique des professionnels de la petite enfance

Fiches de recommandations de bonne pratique de la Haute autorité de santé

- Rhinopharyngite et angine aiguë chez l’enfant
- Rhinopharyngite et angine aiguë chez l’adulte

- Sinusite chez l’enfant
- Sinusite chez l’adulte

- Otite moyenne aiguë purulente de l’enfant de plus de 3 mois

- Cystite aiguë simple, à risque de complication ou récidivante

- Pyélonéphrite aiguë

- Colonisation urinaire et cystite chez la femme enceinte

Tests de dépistage et diagnostic
- L’Assurance Maladie met gratuitement des tests de diagnostic rapide (TDR) de l’angine à la disposition des médecins libéraux généralistes, pédiatres et ORL

Renforcer la surveillance de la consommation des antibiotiques

Il est nécessaire de suivre la consommation d’antibiotiques pour connaître la pression qu’ils exercent sur la sélection des agents antimicrobiens et lutter contre l’émergence des résistances aux antibiotiques.

Depuis 2008, l’AFSSAPS devenue l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a été désignée comme opérateur national pour le suivi des consommations d’antibiotiques dans le cadre du plan national pour préserver l’efficacité des antibiotiques.

La circulaire n° 2006-139 du 23 mars 2006 propose une méthode de calcul homogène des consommations d’antibiotiques, basée sur la dose définie journalière (DDJ) qui s’affranchit des différences de posologies et de prix, et est internationalement reconnue et utilisée.

Afin d’aider au mieux les professionnels à mettre en place le calcul de ces consommations, deux outils sont à leur disposition gratuitement sur le site du ministère chargé de la santé : d’une part, un outil de calcul automatique des consommations d’antibiotiques des établissements de santé et en ville, d’autre part, le fichier des antibiotiques DDJ.

Consulter les outils d’aide au calcul des consommations d’antibiotiques.

Pour les établissements médico-sociaux, le protocole d’enquête européen HALT, décliné pour la première fois en France en 2010 et qui sera reconduit en 2013/2014, fournit quelques données sur la prévalence des traitements en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).
Un kit pédagogique pour l’usage des antibiotiques en EHPAD est disponible

La Haute autorité de santé met aussi à disposition des recommandations dont l’objectif est le bon usage des antibiotiques au sein des établissements de santé, afin de faciliter la mise en place des stratégies d’antibiothérapie les plus efficaces et permettant de prévenir l’émergence des résistances bactériennes.

Renforcer la surveillance des résistances aux antibiotiques

Les moyens mis en œuvre sous l’égide de l’Institut de veille sanitaire (InVS) ont doté la France d’une capacité à détecter rapidement l’apparition de nouvelles formes de résistances, à identifier des liens avec ce qui est observé en santé animale pour certaines bactéries et à surveiller et contrôler une épidémie.

La surveillance de la résistance bactérienne aux antibiotiques repose sur de nombreux partenaires et réseaux dont la coordination est confiée à l’InVS. En termes de structuration des réseaux de surveillance, des progrès ont été observés dans les établissements de santé, notamment via le réseau des Centre de Coordination de la Lutte contre les Infections Nosocomiales (CClin). Ciblée sur des agents pathogènes spécifiques, cette surveillance repose sur le volontariat des laboratoires participants, dans les établissements de santé et en ville. Les différentes données proviennent des Centres Nationaux de Référence (CNR), de réseaux de surveillance hospitaliers ou de ville, et des systèmes d’alerte tels que le signalement des infections nosocomiales.
La structuration reste à améliorer pour la médecine de ville.

Cette surveillance française entre dans le cadre d’une surveillance à l’échelle européenne de la résistance aux antibiotiques en santé humaine (European Antimicrobial Resistance Surveillance Network, EARS-Net).

Enfin, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a créé le 18 novembre 2008 la première journée européenne d’information sur les antibiotiques autour du message : "des antibiotiques si nécessaire" ("only when necessary"). Cette journée reconduite chaque année a pour objectif de sensibiliser les professionnels de santé et le grand public aux risques associés à la surconsommation ou à l’usage inapproprié des antibiotiques. En France, cette journée est relayée par le ministère de la santé, l’InVS et ses partenaires.